Jeux de mots

Durant ces longues heures d’insomnie où en vain je cherche le sommeil, je suis comme une feuille morte, offerte sans résistance au vent d’automne. Le temps n’a plus de prise et mes pensées s’éparpillent en mille songes éclatés. Ils enflent et disparaissent, œuvres éphémères que la mémoire abandonne. Dans le silence de ces nuits denses emplies de rêves éveillés, j’élabore aussi de tendres voyages…


Jeux en P

Parfois un parfum papillonne, pareil à un piaf il progresse à pas prudent. Pourquoi cette peur ? Parce qu’il pue le parmesan ! Pris de panique, porcs et pumas prennent la poudre d’escampette.

Le peuple peul parfois passe le pont. A petits pas prudents, il progresse en priant. Ses paroles parlent de peur, de pluie, de pouvoir. Le puissant puma le panique.


Jeux de mots

Au milieu du pont il s’est arrêté, s’est approché de la balustrade et y a posé ses coudes, machinalement, les yeux perdus dans le vague. Il semblait ne plus rien voir, ne plus rien entendre tandis que le vent hurlait à nos oreilles.

Un rictus est venu déformer son visage. Colère ou désespoir ? J’étais trop loin pour le voir. Ses mains ont saisi le rebord, jusqu’à blanchir, et il s’est relevé d’un coup, comme mué par un ressort invisible. Il est resté là, figé, raide, sur ce trottoir désert. Quelques pigeons l’ont détaillé de leurs petits yeux ronds, étonnés de n’être pas chassés. Et alors, il a plongé. Les oiseaux se sont envolés. Il n’y a pas eu de bruit et mon cri s’est perdu dans la brume. J’ai couru, couru, dans l’espoir de l’apercevoir mais plongée au-dessus de l’eau, je n’ai vu que mon visage, étrange miroir d’une âme qui venait de se briser.


Jeux de mots

Avec une mine de dégoût, linéaire pourtant ce ton méprisant, elle hausse les épaules. Elle croit me battre, action nulle ! J’encaisse et me dégage.


Jeux de mots

Il est 5h du matin. Il fait nuit, il fait froid. Je frissonne sous mon pull. Je serre mon bol chaud entre mes mains. J’adore ces moments où tout est encore endormi. On se regarde, hébété, un sourire hésitant aux lèvres, un rêve finit de s’effilocher. Enfin, il faut se lever, s’activer.

Au radar, on se déplace d’une pièce à l’autre, silencieuse pantomime. Lumière éteinte, lumière allumée. Rien à signaler, tout est en ordre. Dans le couloir, les bagages nous attendent. Je mets mon manteau. Tu me donnes mon sac. Maintenant, on a hâte ! Vite, tu fermes la porte à double-tour. On se précipite dans les escaliers. Et là, devant la porte de l’immeuble assoupi, il nous attend. Petit lumière verte dans le noir de la rue. Ha, cher taxi ! Emmène-nous vite ! Un incroyable voyage nous attend…


Jeu en C

Ce cacatoès couleur crevette crève le cuir de la chaussure cirée. Il cisaille et crie contre la chose complètement cassée. La cause de sa colère ? Un cuisant coup de pied au cul !


Jeux de mots

Chut ! Un instant ! Ne bougez plus ! A l’orée de ce petit bois parfois se cache un être malicieux. On aperçoit de temps à autre la plume de son couvre-chef, qu’il s’amuse à lancer en esquissant quelques pas de danse. Mais attention ! Il n’apparaît point aux êtres bruyants, bornés ou malfaisants ! Ce soir, mesdames et messieurs, noble assemblée, je fais le pari qu’il nous fera l’honneur de se montrer… Permettez-moi d’abord de vous dicter quelques phrases magiques. Souffles de notre imagination, elles créent et défont les mondes. Ce soir, place aux rêves !


Jeux de mots

« Il a une drôle d’allure c’t homme. Beau garçon mais toujours l’air hagard. On dirait un chien perdu, avec de grands yeux larmoyants. Sûr qu’il court après le cœur de sa maîtresse. Parce que tous les jeudis, il est là, à 15h pétantes. Avec un bouquet de mimosas qu’a l’air aussi défraîchi que lui. Il sonne d’un doigt tremblant. La déesse lui ouvre et il blêmit, je l’vois bien. Blanc comme un linge qu’y devient ! Il entre dans l’appartement comme un condamné grimpe à l’échafaud. J’sais pas à quel trafic elle se livre, la garce, mais c’est pas bien net. Je l’imagine lui assis sur un sofa de velours rouge, avec son bouquet miteux à la main. Elle s’approche avec son air de pas y toucher, et hop ! lui ôte son falzar et le fourre dans son grand lit blanc. Elle le pétrit, le mange, le vide jusqu’à la moelle ! Une vraie loque quand il sort de là… A moins qu’elle ne lui suce le sang cette goule ! Allez savoir… Pauv’ jeune homme… Comment ? Il l’a tuée ? Entre nous, je vois pas comment ça pouvait se terminer autrement…»


Jeux de mots

En cette saison, la ville est triste. Le ciel est bas, nuageux. Une fine pluie se déverse sur ce décor dramatique. Les sens paraissent étouffés et dans l’appartement, j’ai comme l’impression d’être seule au monde. A force de va et vient, je ressasse et mes émotions m’emprisonnent. Je dois sortir. Le boulevard est désert ; la café d’ordinaire si bruyant est gagné lui-aussi par cette torpeur hivernale. Plus de répliques cinglantes entre serveurs, plus de blagues potaches. Les sourires sont éteints et les visages fermés. Je marche vite, cours presque pour fuir cette morosité. Puis, une vitrine attire mon attention. C’est une librairie. Finalement, quoi de mieux pour achever cette journée ? Je plonge dans la boutique et la paix qui y règne m’apaise et me réconforte. Que m’importe les soucis quand il suffit d’un bon livre pour les balayer !